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Hors-la-loi : un mauvais film
Fiction manichéenne de facture médiocre, dévaluée par de nombreuses erreurs historiques, l’oeuvre de Rachid Bouchareb est bien une apologie caricaturale du FLN algérien.

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Hors-la-loi : un mauvais film



Des motards en grande tenue pour l’escorte, des limousines pour l’équipe du film, puis le tapis rouge du Palais des Festivals, foulé au rythme d’une danse arabe, les embrassades du petit monde du cinéma… Deux heures dix-huit minutes plus tard, la salle applaudit, debout. Des youyous de triomphe montent de quelques rangs. Je reste assis, comme quelques festivaliers. À côté de moi, deux Slaves applaudissent, surexcitées. Elles sont russes, me disent qu’elles ont “adoré”. Sans doute l’habitude des films de propagande, ce qu’est Hors-la-loi.

Représentant l’Algérie à ce 63e Festival du cinéma, ce film militant est le porte-voix d’une lecture univoque et haineuse de l’Histoire : celle du FLN, le pilier de la nomenklatura totalitaire qui contrôle l’Algérie depuis 1962, après l’avoir ruinée.

Ce film manichéen transpire la haine, quoi qu’en dise son réalisateur, Rachid Bouchareb, et quel que soit le talent de ses principaux acteurs, Jamel Debbouze, Roschdy Zem, Sami Bouajila.

« Il s’agit d’une œuvre de fiction », soutient Bouchareb. Ce qui peut, en effet, lui donner le droit de prendre des libertés avec l’Histoire, comme d’autres cinéastes l’ont fait avant lui. Mais – c’est lui qui le dit – Bouchareb, citoyen français d’origine algérienne, a voulu faire de son film un « rappel historique pour les jeunes générations qui ont le droit de connaître l’histoire. » L’intention est louable.Le résultat l’est nettement moins.

Indigènes, son précédent film, était plutôt sympathique par son sujet – l’hommage aux soldats africains de l’armée française –, par la revendication qu’il portait – accorder enfin les droits promis par l’État français à ces anciens combattants. Il l’était moins par l’intention cachée : la mise en accusation de l’ingratitude de la France et l’encouragement à sa repentance. Malgré son traitement un peu scolaire, Indigènes réussissait à susciter une certaine empathie à l’égard de ces combattants, si mal récompensés par notre pays.

Rien de tel pour Hors-la-loi. Le film surprend d’abord par la médiocrité de la mise en scène et le jeu laborieux de ses acteurs. À l’exception de Debbouze, ils déclament assez platement le manuel du parfait petit révolutionnaire tiers-mondiste. Bouchareb revendique l’esprit d’Elia Kazan dans Viva Zapata ou de Sergio Leone pour Il était une fois en Amérique. On en est très loin. Les critiques de cinéma du Figaro (« Un feuilleton lisse, raplapla, amidonné ») et de Libération (« Académisme vernissé… Saga sans souffle… Fiction bancale qui ne sait pas trop où elle va… ») ont vu juste. Le jury du Festival a lui-même complètement ignoré le film dans son palmarès.

Cette histoire de trois frères algériens, venus en France après les massacres de Sétif en mai 1945, se veut édifiante. L’un (Debbouze) devient souteneur à Pigalle et organise des matchs de boxe. Les deux autres (Zem et Bouajila) basculent dans la lutte clandestine armée au service du FLN. Ils massacrent des policiers français, étranglent des opposants ou rackettent des compatriotes rétifs à leur cause. Des séquences sur le sort de ceux qui fument ou qui rejettent la cause nationaliste annoncent les atrocités qui seront commises au nom de la révolution ou de l’islam rigoriste : combien de musulmans auront les lèvres et le nez coupés, pour l’exemple ! Combien de fils d’Algérie restés fidèles à la France seront assassinés par le FLN, avant comme après l’indépendance ! Mais le film ne montre rien de ces massacres de masse entre Algériens.

Hors-la-loi raconte une histoire à sens unique, dans une tonalité antifrançaise sous-jacente, niée par l’équipe du film que la polémique a visiblement agacée. À Cannes, chacun a cherché, à sa façon,à désamorcer la tension. Jamel Debbouze a joué sur son humour sautillant et Bouchareb a feint d’abord l’innocence : « Je fais juste du cinéma. Je voulais simplement procurer au spectateur de grandes émotions. » Il en a appelé à sa liberté d’artiste : « Tout le monde a le droit de s’exprimer, Français comme Algériens. Le spectateur verra bien que mon film n’a aucune animosité contre la France. » Plus tard, il livrait enfin la clé de sa démarche militante : « Le film est destiné à ouvrir un débat. Il serait grand temps de raconter l’histoire du colonialisme : dire que l’Algérie n’était quand même pas le paradis pour les indigènes. Maintenant, l’abcès est crevé avec le film. Il faut aller vers des choses positives. »

Le problème est là : Hors-la-loi est malhonnête parce qu’il ne retient que des “choses négatives”. Que comprend le spectateur à l’issue de ce spectacle glaçant ? L’armée française, c’est la Wehrmacht ; la police française, la Gestapo ; les policiers français sont des tueurs psychomaniaques ; les terroristes du FLN sont les frères des résistants français de 1940-1944 ; la scène d’ouverture – les massacres de Sétif en mai 1945 – est une transposition d’Oradour-sur-Glane. Cette trame est intentionnelle. Les images d’archives de l’indépendance algérienne (juillet 1962) qui concluent le film renvoient à celles de la libération de Paris qui l’ouvrent. Le devoir appliqué de Bouchareb sera très bien noté au prochain congrès du FLN.

Cette séquence des massacres du 8 mai 1945 à Sétif dure six minutes. Six minutes de désinformation historique absolue ! Bouchareb montre des civils algériens pacifiques, aveuglément mitraillés par les forces de l’ordre. Les soldats, les policiers et les civils tirent les musulmans comme des lapins dans les rues de Sétif. Des dizaines de cadavres sont alignés dans les rues. La répression fut en effet brutale mais elle n’interviendra que plus tard. On ne voit quasiment rien du massacre d’une centaine d’Européens, ni de la large politique d’amnistie qui suivra.

Malgré les travaux incontestables du Service historique de la Défense et de spécialistes de la guerre d’Algérie, cette lecture caricaturale de l’histoire n’a guère suscité de réactions au sommet de l’État : Frédéric Mitterrand, le ministre de la Culture, argue de la liberté de la création artistique ; Hubert Falco, le secrétaire d’État aux Anciens Combattants, n’ayant pas vu le film, a simplement rappelé que « la mémoire et l’Histoire n’ont besoin que de vérité ».

Alertées par Lionnel Luca, député UMP des Alpes-Maritimes, les associations de rapatriés et de harkis se sont alors mobilisées pour dénoncer le « négationnisme » de ce film, accusé de gommer les souffrances des Européens et des musulmans fidèles à la France : « Mémoire amputée, mémoire bafouée », « Hors-la-loi : palme du mensonge », entendait-on à Cannes le 21 mai, au matin de la projection.

Près de 1 500 personnes avaient répondu à l’appel des associations pour un hommage calme et déterminé aux morts pour la France. Tous regrettaient le financement de ce film (20 millions d’euros, les deux tiers du budget) avec de l’argent public français, dont une contribution de France Télévisions et de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur présidée par le socialiste Michel Vauzelle. Fait exceptionnel, Bernard Brochand, le député et maire de Cannes, n’était pas en haut des marches ce 21 mai pour accueillir l’équipe du film, comme le veut la tradition. « Le Festival doit conserver sa liberté d’expression, expliquait David Lisnard, son premier adjoint et président du Palais des Festivals. Mais il n’est pas bon d’offenser la mémoire de certains. »

Coproducteur du film, Tarak ben Ammar a justifié Hors-la-loi : « Il faut donner à la jeunesse algérienne et française une mémoire. Ce film y contribuera. » Est-ce si sûr ? Le film sortira en salles le 22 septembre. Quel sera son impact auprès de ces Français toujours en quête d’identité, qui n’hésitent pas à brandir le drapeau algérien en signe de ralliement ? Quel effet de colère et de mimétisme pourrait provoquer Hors-la-loi dans une population mal intégrée que certains – politiques, trafiquants, religieux – voudraient manipuler. « Ce film orienté met du vinaigre sur la plaie », regrette André Mayet, responsable de la Maison des rapatriés de Cannes. Ou de l’huile sur le feu.

De Frédéric Pons
sources : valeurs actuelles


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